crocodile

Si l’on cherche bien au rayon K des vieilles bibliothèques allemandes, on peut trouver des œuvres signées Manfred Kyber (1880 – 1933) qui méritent quelques heures d’attention.

Ce directeur de journal qui avait étudié la philosophie, la psychologie et l’histoire littéraire de son pays, nous a laissé de très intéressantes « Histoires d’animaux anthroposophiques ».

Les quinze premières lignes de son Crocodile patenté vous parlent de gens que vous reconnaîtrez aisément. Il s’en trouve, de ces crocodiles, partout dans le monde, à toutes les époques. Surtout parmi ceux qui nous gouvernent... et ceux qui voudraient bien...

«Il y avait un désert, et dans le désert un fleuve, et dans le fleuve un crocodile. Je suis désolé d’avoir à vous dire cela, mais généralement on n’aime pas les crocodiles. Non. Cela ne vient pas du fait que leur livrée, la plupart du temps, est boueuse et négligée, ni de ce pli antipathique qu’ils portent indubitablement autour de la bouche. Ce ne sont là après tout que des aspects extérieurs. L’antipathie vient de leur appétit. C’est une chose qui se vérifie partout dans le monde : plus l’appétit s’amplifie, plus la sympathie décline. (...) Personne n’a envie, quelques mots à peine sont-ils échangés pour prendre contact, de se retrouver assis là sans mains ou sans pieds, dont il a encore besoin par ailleurs et qui, après tout, lui appartiennent. Et c’est bien connu que tous ceux que vous voulez avaler vous trouvent antipathique. Et comme le crocodile trouve appétit à tout et qu’il veut tout avaler, il n’est aimé de personne. Il avale des missionnaires, des grenouilles, des nègres, des singes et même des membres de sa propre famille – par pur appétit.»

Des noms ! Des noms !

Antoine Mack