Parfums
Belles qui, le soir venu, brûlez des bâtonnets d’encens, qui portez alors, à la lueur des chandelles, de jolies pierres vertes parsemées d’éclats rouges, qui vous parfumez d’héliotrope, écoutez la triste histoire d’une nymphe et d’une princesse qui se nommaient Clytie et Leucothoé.
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Sous le ciel de l’Hespérie s’étendent les prés où les chevaux du Soleil vont brouter l’ambroisie qui leur rend des forces, à la fin du jour.
Apollon, cette nuit-là, entre dans les appartements d’une princesse de Perse qui a pour nom Leucothoé. Il s’est follement, exclusivement, épris d’elle, abandonnant jusqu’au souvenir de toutes ses autres conquêtes. C’est Vénus en personne, dont les coupables amours avec Mars ont été dénoncées par le Soleil à Vulcain, qui lui a inspiré cette malheureuse passion. Par vengeance...
Déguisé sous les traits de la très belle Eurynomé, la propre mère de Leucothoé, le dieu pénètre dans la chambre, en renvoie les esclaves pour rester seul avec la fille du roi Orchamus. Dès qu’ils sont seuls, en redevenant lui-même, il éblouit la princesse avec les rayons qui cernent sa tête et en profite pour abuser d’elle.
Délaissée par le dieu et amère comme beaucoup d’autres nymphes, Clytie s’en va raconter au vieux roi que sa fille s’est déshonorée en cédant aux avances d’Apollon. Aussitôt ce roi sévère fait enterrer la princesse dans une fosse que l’on remplit de sable. Elle meurt ainsi, étouffée.
Apollon en est bouleversé, presqu’autant que par la mort de Phaéton qui voulut conduire ses chevaux. Malgré tous ses efforts pour ranimer sa bien-aimée, en réchauffant le tombeau de ses rayons dardés, il ne réussit à faire lever du funeste tertre qu’une tige d’encens qui se dresse, frêle, et qui embaume le triste lieu.
Clytie ne sera point excusée de sa délation calomnieuse et fatale. Sa douleur et ses remords ne touchent pas Apollon qui l’abandonne. Rongée par son amour fou, elle fuit la présence des nymphes, ses cousines, et se met à dépérir. Assise jour et nuit sur le sol nu, laissant ses cheveux défaits flotter sur son sein, elle se prive d’eau et de nourriture.
Chaque jour, lorsqu’il apparaît à l’Orient, elle fixe le visage du dieu qu’elle aime et le suit aussi longtemps que sa course le mène à travers les cieux, jusqu’aux eaux du couchant.
Ses membres finissent par se fixer au sol. Une partie de son corps se transforme en tiges sans vigueur et une grappe de fleurs mauves couvre son visage. Bien que retenue par sa racine, héliotrope devenue, elle continue toujours de tourner avec le soleil et lui conserve son amour, en exhalant soupirs et parfum.
Antoine Mack
Presque tous les peintres et sculpteurs qui ont illustré la métamorphose de Clytie semblent avoir été trompés par une mauvaise traduction du poème d’Ovide. Ils la représentent avec des fleurs de tournesol. Le poète latin compare la fleur issue de la métamorphose à la violette, qui est bien plus proche de l’héliotrope commun (souvent blanc, quelquefois mauve clair, et discret par la taille) que l’on trouve dans les pays méditerranéens.
