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Airs de flûte
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Airs de flûte
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8 janvier 2009

Salut, Vicomte!

Qu’est-ce qu’il pouvait m’énerver, au début ! Sur le parking du supermarché, il venait se garer à quelques mètres, descendait de sa guimbarde, se précipitait vers ma femme et, d’une voix tonitruante, la saluait d’un « Bonjour, Madame la Comtesse ! » ou d’un « Comment allez-vous, chère Marquise ? » En m’ignorant, les bons jours, ou en précisant, les mauvais, que je ne méritais point qu’il me saluât, espèce de vilain que j’étais...

C’était un ancien collègue de travail, perdu de vue quand j’ai changé d’emploi, retrouvé bien plus tard, alors qu’il venait de prendre sa retraite. Simples copains, sans beaucoup plus d’affinités, nous étions devenus.

En juillet dernier, il a disparu. Parti en vacances ? Il n’en prenait guère et, au bout de quelques jours, nous avons trouvé ça bizarre. Sans vraiment nous inquiéter. On ne s’en fait pas trop, pour un simple copain...

Quand il est revenu sur le parking, un matin, il fut très silencieux. Il a fallu lui tirer les vers du nez. Visite chez le médecin de famille, un jour, et envoi direct à l’hôpital, totalement inattendu. Le lendemain matin, quadruple pontage réussi. Quelques semaines plus tard, il était de retour, miraculé. Les « Madame la Marquise » et les « chère Comtesse » ont vite résonné de nouveau, devant le magasin. Il revivait, il recommençait ses facéties, parce qu’il était comme ça, simple et joyeux de nature. De mon côté, j’étais devenu plus enclin à pardonner.

Tout se passa bien jusqu’en septembre, vers la fin du mois. Alors, une nouvelle fois, il s’absenta. Par un commun copain, je devais apprendre bientôt qu’il était de nouveau à l’hôpital. Cancer de la vésicule biliaire et du foie, qui allait bientôt s’étendre au pancréas.  J’ai senti tout de suite que nous ne le reverrions plus, Julien...

Aujourd’hui, Julien, je suis allé à ton enterrement. Je t’ai trouvé bien discret, tu sais, sous les fleurs rouges et blanches qui couvraient ton cercueil. Cette nuit, dans la terre gelée, tu vas avoir bien froid.

Moi aussi, je frissonne. En regrettant déjà que personne, après toi, jamais, n’appellera plus ma petite femme comtesse ou marquise...

Antoine Mack

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Commentaires
F
(j'avais oublié de titrer...)
F
Les traces que Julien a laissées sur un parking sont arrivées jusqu'à nous, sur les ailes de son copain l'oiseleur. Comtesse et Marquise, il ne l'aura pas prononcé en vain.
B
Adieu Julien. Tu étais assez souvent un peu agaçant de ton vivant, tu es devenu soudain... absent. Irrémédiablement absent. Pourquoi faut-il toujours que certaines personnes, certaines choses ou certains lieux aient disparu pour qu'on se rende compte qu'on tenait ne serait-ce qu'un peu à eux ? A toi seul, tu incarnes ce mystère, toi qui aura soudain eu un prénom et une existence à nos yeux au moment où tu partais. Homme vu de dos portant une valise et s'enfonçant dans le brouillard... Repose en paix. Nous l'appellerons "Comtesse" de ta part. Si elle veut bien ! Et toi, repose en paix !
J
C'est bien ce que je voulais dire, cher Tony, et donc nous sommes tous, par la force des choses et du temps, des tout petits riens.
O
Un petit rien qui a son importance, cher JLL. Un copain qui s'en va, un peu de joie de vivre qu'il emporte avec lui...
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