La "petite année"
Longtemps, en Alsace, comme dans toute l’Europe centrale, les six derniers jours de l’année finissante et les six premiers de l’année nouvelle ont été considérés comme une période particulière.
Pour les paysans – qui constituaient la plus large part de la population – ces douze journées, du lendemain de Noël au 6 janvier, jour de l’Epiphanie, préfiguraient toute l’année à venir. Chacun de ces jours représentait un mois. Du 26 décembre à la Saint-Sylvestre se succédaient donc, en bon ordre, les mois de janvier à juin. Les six mois suivants se comptaient à partir du Nouvel An.
On notait alors sur les almanachs – ces calendriers aux pages oblongues, mensuelles, sur lesquelles chaque journée avait sa ligne – le temps qu’il faisait. Si le 31 décembre était sec et beau, juin aussi serait sec et beau. S’il pleuvait ou s’il neigeait toute la journée du 1er janvier, juillet serait pourri...
Ainsi s’écrivait, au long des douze journées, une météo de l’année à venir qui ne servait guère à organiser le travail (encore moins à fixer la date des congés !), mais qui, les bonnes années, se montrait rassurante, puisque les pluies attendues en mars ou en avril garantissaient la bonne croissance des céréales, le bon état des herbages, puisque le soleil annoncé en août et en septembre mûrirait les fruits de l’automne et le raisin.
Même quand les « prédictions » n’étaient pas fameuses, elles pouvaient se révéler utiles. Annonçant une année difficile, elles incitaient à l’économie et à la prudence.
Le ciel écrivait ainsi l’avenir dans les « jours du destin ». Les hommes en prenaient bonne note, préparaient outils et semences et, le printemps venu, qu’il fasse beau, qu’il pleuve ou qu’il vente, ils retournaient travailler, superstitieux philosophes.
Aujourd’hui, toute cette magie de la « petite année » n’a plus cours. Ils ont tout détraqué avec leur bombe atomique et leur réchauffement climatique !
Antoine Mack
