Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Airs de flûte
Publicité
Airs de flûte
Archives
17 février 2011

Après la colère

inondation

Elle est retournée dans son lit et coule des jours tranquilles vers le printemps. L’année dernière, en décembre, elle se souvient d’avoir aimé, quand fut tombée toute cette neige sur les derniers contreforts du Jura et sur les vallées vosgiennes, les grands draps blancs qui s’étendaient autour d’elle.

Lorsque fut passé ce fâcheux redoux de la mi-janvier, lorsque les draps alors tachés de gris se sont déchirés, elle s’est mise en colère. Les rassemblant du Sud et de l’Ouest, par tous ses affluents, elle a précipité ses eaux vers la plaine. Avec elles, la rivière s’est gonflée de rage et de force destructrice.

Du lit large d’à peine une dizaine de  mètres, elle est sortie en bouillons tourbillonnants. A inondé ses rives, à droite et à gauche, sur plus de trente pas. S’est frottée aux troncs des arbres les plus épais, s’est cramponnée aux rameaux des autres, à plus d’un mètre au-dessus de son niveau normal. A cassé les tiges frêles de plantes graciles, couché les herbes et les roseaux.

OOO

Elle est retournée dans son lit, quelques jours plus tard. Le promeneur aujourd’hui la retrouve, sereine, la rivière qui a donné son nom à l’Alsace.

Dans le sens du courant, la chevelure bien peignée de ses roseaux s’allonge sur la boue, blond terne. Au pied des arbres rabougris se sont édifiés des bûchers de fascines blanches et sèches. Aux fourches des basses branches s’agrippent des nids informes, percés de longues flèches. Aux ramures qui s’élancent de nouveau par-dessus l’eau calme, la rivière a attaché des guirlandes rouges, vertes, bleues, jaunes et noires, sachets de matière plastique gonflés d’air, que le vent aigre du matin déchire, morcelle et fera bientôt s’envoler.

OOO

Une douzaine de moineaux piaillent dans une haie. On n’en voit pas un seul. On les croirait cinq-cents.

De l’autre côté du chemin, avec les câbles qui grimpent aux mâts d’éclairage du stade, le vent fou s’amuse. Frappant sans patience les pylônes métalliques, ces cordes jouent un requiem arythmique pour le scooter vert qu’un voyou aura volé et laissé mourir de soif, juste au bord de l’eau.

Clapotis lent, régulier. Indifférente à tout ce bruit, la rivière caresse une roue immobile.

Antoine Mack

Publicité
Commentaires
L
C'est un garde forestier qui m'avait expliqué cela dans la forêt du Ried.
O
Vous êtes sûre, l'œil qui court? Qu'est-ce qu'on va entendre comme piafs alors, en 2011!!! S'ils chantent tous comme Edith, ce sera chouette!
L
Une poésie du verbe qui charrie cette rivière, sa colère, ses détritus et signe ses débordements sur l'alentour.<br /> <br /> Quand les oiseaux nous abreuvent d'un concert déchainé à la fin de l'hiver, c'est qu'il font leurs comptes. Ils se recensent. L'intensité de leur chant détermine l'intensité de leurs ébats futurs au printemps et leur efficacité reproductrice.
O
Les dictées, belle lurette, qu'est-ce que j'aimais ça! Petits textes chargés de sens et criblés de pièges qui se terminaient trop vite, souvent dans le vide, et donnaient envie d'en savoir plus... Envie de lire.
B
En plus, l'image que tu as mis pour illustrer ce superbe texte me fait penser à un gigantesque animal (buffle ? cerf ? élan ?) qui se débattrait dans la rivière pour ne pas se noyer. Il nage à contre-courant, la tête sous l'eau, il est en danger mais on sait qu'il va s'en tirer. Et que le calme reviendra après la tempête (et la trempette) !<br /> PS: moi aussi je me souviens de la toilette de la mouche un après-midi d'été...
Airs de flûte
Publicité
Newsletter
Publicité
Publicité