De quelques traces dissipées
Rousse, l’odeur légère du feu de fagots qui crépitait derrière l’église, à l’aube du Samedi Saint, veille de Pâques. Dans le jour encore sombre, les yeux des garçons brillaient, lumignons. Le printemps venait dans une bouffée d’encens.
Sous le soleil brûlant de juin, sur les prés du bord de la Zorn, lente rivière qui traversait un vieux moulin à aubes, l’herbe s’était flétrie, lentement, depuis le matin. Le foin, plusieurs fois retourné par les faneurs, embaumait l’air qui vibrait. Fleurs bleues séchées, tiges décolorées qui picotaient la peau, entassées. Doux édredons.
... et cet arôme-là, qui montait, humide et chaud, de la terre des chemins brûlés par l’août, au moment précis où s’écrasaient dans la fine poussière les premières gouttes de l’orage, tout de suite évaporées. L’éclair, brutal, rappelait l’incandescence du fer forgé et la fusion âcre de la corne du sabot des chevaux.
A l’heure de la traite du soir, exhalaisons lourdes de l’étable. Les vaches mangeaient paille, foin et morceaux de betteraves mêlés. Les pis offraient leur lait en saccades rythmées, sous les doigts de la fermière. La pluie lactée qui frappait en cadence les parois étamées du seau enchantait le nez, tiède et mousseuse.
Les parfums de la cannelle et de l’orange caressaient les narines promenées au-dessus de la boîte du thé blanc de Noël. Jumeaux de ceux du vin chaud, là-bas en ville, dans la rue piétonne, par les nuits de décembre.
Les mois passaient alors, riches de belles fragrances...
Sens-tu encore aujourd’hui, vieux compagnon, la résine qui dansait avec le vent dans les grands bois de sapins des Vosges, là-haut, près des champs de bataille? Et, de retour enfin au village, la reconnais-tu, la senteur sèche du chêne dont les planches demain seront ton cercueil?
Antoine Mack
