Pieds nus
Dimanche dernier, vers onze heures du matin, j’ai rencontré deux chaussures de dame. Abandonnées au bord de la route que j’empruntais pour retourner chez moi, après une heure de marche en forêt.
A qui appartenaient ces chaussures? A une femme certainement, mais cette femme, que faisait-elle là? S’est-elle déchaussée dans la nuit de samedi ou alors dimanche à l’aube? Pourquoi l’a-t-elle fait? Avait-elle mal aux pieds? A-t-elle poursuivi son chemin après avoir enfilé des bottes de sept lieues? Ou alors, est-elle montée, en stop, sur un vélo comme E.T.? Dans ce dernier cas, a-t-elle essayé de téléphoner à la maison? J’aligne, depuis ma découverte, les points d’interrogation... sans trouver de réponses.
J’aurais pu pousser plus loin mes investigations, pour voir si, à l’écart de la route, vers les bois, une robe ou une jupe, un chemisier, une paire de bas se trouvaient accrochés à quelques broussailles, indiquant un projet de retour tardif au jardin d’Eden. Mais serais-je encore un Adam présentable? J’ai sûrement bien fait de poursuivre ma route...
Aurais-je dû les ramasser, ces chaussures, les emporter pour entreprendre dès le lendemain, en commençant par ma voisine et en progressant en spirale, de proche en proche, à travers une agglomération de 200000 âmes, la recherche de la nouvelle Cendrillon? Mais non, bien sûr! Cendrillon n’avait perdu qu’une pantoufle... une seule. Et j’habite en périphérie, alors la recherche en spirale...
Et n’eût-il pas mieux valu, après le déjeuner dominical, que je retourne au bord de cette route et que je cherche dans la forêt attenante, jusqu’à la nuit tombée, une gente dame aux pieds blessés, égarée? Qui sait? Faisons un rêve. J’aurais peut-être trouvé sous les frondaisons la Comtesse aux pieds nus. J’aurais (enfin!) eu l’occasion d’admirer en gros plan... la beauté d’Ava Gardner!
Las! L’histoire ne s’est pas écrite...
Qui l’écrira? Si vous vous y mettez, dans l’accueillant espace des commentaires, je suis persuadé que nous trouverons vite... de bonnes histoires et chaussures à nos pieds.
Antoine Mack
