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Airs de flûte
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Airs de flûte
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13 juin 2010

Conversation avec un ours


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Antoine Mack

Mais qu’est-ce que tu fais là, mon bel ours, coincé dans l’écorce du chêne?

C’est une vieille histoire, l’Oiseleur. Oh oui, une très vieille histoire... Je veux bien te la raconter, si tu me promets de ne pas la répéter sur ton blog.

Mais comment sais-tu que j’ai un blog, mon cher ours?

Ben, tu viens ici, tu me tires le portrait et tu me poses des questions. J’imagine facilement que c’est pour trouver une aventure à raconter. Les oiseaux m’ont prévenu, tu sais. Ils vont, ils viennent, ils observent, ils bavardent. Tu commences à être connu dans le coin.

D’accord, ours raisonneur. J’aimerais raconter ton histoire. Mais sois rassuré, j’essaierai de te donner le beau rôle.

Le beau rôle! Tu en as de belles, toi! Le beau rôle... Tu penses bien que si je suis prisonnier de cet arbre, c’est que l’on a voulu me punir.

Et tu l’avais méritée, ta punition?

Ça dépend du point de vue que l’on adopte; ourson ou petit d’homme, chacun voit midi à sa porte. Ce sera à toi de te faire ta religion... Moi, je veux bien admettre que j’étais un peu turbulent, peut-être. Mais franchement, je l’ai trouvée un peu sévère, la sorcière, de me coincer là-haut pour si peu.

Bon ! Assez tourné autour du pot. Raconte.

Je vais te parler d’un temps que... seuls des vieux comme toi peuvent avoir connu. C’était encore la campagne ici: pas d’immeubles de grande hauteur, pas d’autoroute, pas d’espaces de jeux pour les enfants, comme celui que tu vois derrière moi. Il y avait deux ou trois fermes avec des champs, des prés couverts d’herbes sauvages; il n’y avait pas de gazon anglais. C’était rural, voilà!

... et foi d’oiseleur, il ne s’y rencontrait pas d’ours non plus, si mes souvenirs sont bons.

La plupart du temps, non, en effet. Mes plus proches congénères vivaient prisonniers dans le zööli de Bâle (c’est le zoo; précise à tes lecteurs de bien lire Tseuli, en tirant longuement sur le eu) ou dans  la fosse aux ours de Berne. A l’état sauvage, ils survivaient (difficilement déjà) dans les Alpes. Moi, si j’ai trouvé mon malheur ici, c’est parce que, tout jeune, je me suis évadé d’un cirque.

Mes pas m’ont conduit ici. Dans le pré qui s’étendait plus loin que l’espace vert actuel, des enfants jouaient aux gendarmes et aux voleurs. Ça n’allait pas sans quelques bousculades et quand une fille tombait et roulait par terre, les garçons ne demandaient pas mieux que de jeter un coup d’œil à sa petite culotte (bien couvrante, ma foi, à cette époque lointaine). Désireux de plaire à ces garnements rigolards, je me suis lancé dans la partie, m’arrangeant pour viser les seules fillettes. Comme j’étais déjà assez gros et lourd, il suffisait que je les pousse un peu. Si les garçons riaient, les filles par contre n’ont pas apprécié mes interventions. Enfin certaines d’entre elles, qui ont couru jusqu’à la ferme la plus proche pour se plaindre. J’en avais vu d’autres qui se retrouvaient dans l’herbe, les quatre fers en l’air, sans que je les touche! Une femme revêche est venue sur le pas de sa porte et m’a jeté un regard noir. J’ai fait mine de m’en aller et l’affaire en est restée là... provisoirement.

Tu cherchais les ennuis, manifestement, amusant plantigrade...

Le lendemain, j’ai retrouvé les garçons. Tu te souviendras sûrement que lorsqu’on tuait le cochon, dans les fermes, celui qui faisait le travail prélevait délicatement la vessie de la bête et en faisait cadeau aux gamins. Quand la vessie était devenue sèche, on la gonflait et on la maintenait fermée avec un bout de ficelle de boucher. Ça faisait un ballon peu satisfaisant, tant il était léger et imprévisible dans ses trajectoires. Zinédine Zidane eût été là, il n’aurait pas su quoi en faire! Mais les garçons de l’époque étaient bien obligés de s’en contenter. Tu te rappelles, n’est-ce pas?

Ils couraient tous après un de ces ballons facétieux. Je me suis précipité dans la mêlée. Au premier contact avec l’objet maudit, je l’ai lacéré avec mes griffes. Je me retrouvais tout penaud devant ceux que je croyais encore mes compagnons de jeux. Ils ont réagi exactement comme les filles, la veille, et sont allés se plaindre. On ne tuait pas deux  ou trois cochons par ferme chaque année et la perte d’un ballon était durement ressentie...

La sorcière ne s’est pas contentée de rester dans l’encadrement de sa porte. Elle s’est approchée et, avant que j’aie compris ce qui m’arrivait,  je me suis retrouvé collé dans l’arbre, sans autre forme de procès. Avoue, l’Oiseleur, que la punition était particulièrement sévère. Pour un pauvre ballon...

Peut-être bien, mon joli nounours. Peut-être bien... Mais le bruit n’a-t-il pas couru, le même jour, que l’on aurait retrouvé aussi, au bout du pré, là où passe l’autoroute aujourd’hui, quelques beaux ruchers éventrés et vidés de leur miel?

Racontars, l’Oiseleur, ce sont de malveillants racontars. Tes oiseaux ne t’ont certainement rien dit de cela. Alors si tu te mets à écouter les vieilles légendes que zonzonnent partout les abeilles et que répètent stupidement les fleurs qu’elles prennent pour confidentes, où va-t-on, l’Oiseleur, mais où va-t-on?

Antoine Mack

 

 

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Commentaires
O
Ta visite fait plaisir, chère Christel. Les messages qui passent à travers les barreaux de la cage feront peut-être venir aussi Caroline?
F
Chouette, une histoire de loup qui se prépare.<br /> <br /> Mais, s'il te plait, oiseleur, je préfère les loups de terre aux loups de mer.
C
Le commentaire ci dessus etait destine a ce blog là : http://carolineb.net/berlinberlin/2010/06/14/lequipee-fantastique/, <br /> <br /> mais j'ai, comment dire, fait une erreur de fenêtre !!!
C
Pas de Berlin mais de Wolfsburg, ambiance identique............ un petit salut de française à française habitantes d'Allemagne ! Merci pour les photos d'ambiance, Berllin me manque un peu, beaucoup, ....................
C
Ca fait quoi comme cri un ours? moi j'ai bien aimé cette histoire !! Un coucou de l'autre côté du Rhin !! (ou il n'y a pas plus d'ours que de loup!)
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