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Airs de flûte
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Airs de flûte
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9 mai 2010

Quand je lis Le Gaulois...

Gaulois

Il m’arrive parfois de m’intéresser à ma dernière vie antérieure. Alors je remonte le temps.

Vous dites que c’est impossible? J’affirme le contraire. Il suffit de se plonger dans les collections des journaux du temps passé que vous souhaitez revivre. Le Temps, Le Matin, Le Petit Parisien et bien d’autres.

Le Gaulois, tenez! En voilà un qui couvre presque l’espace d’une vie humaine, de 1868 à 1929. Tour à tour bonapartiste et antirépublicain, puis légitimiste et conservateur, il restera toujours un quotidien de haute tenue littéraire, avant de voir son lectorat s’effilocher au début du XXe siècle. Il sera racheté en 1929 par le propriétaire du Figaro, le parfumeur génial et milliardaire François Coty, qui le fusionnera sans états d’âme avec son propre journal.

Je viens de me replonger dans le n° 17333, daté du vendredi 20 mars 1925, édition de cinq heures du matin. En tête de page 4, première colonne, M. C. Chrysophidès consacre un long papier à une étude américaine qui porte sur le degré d’intelligence des différents peuples. Accrochez-vous aux branches... de votre arbre généalogique!

OOOOO

Le Gaulois se demande, ex abrupto: Comment est-on parvenu  à mesurer, à peser, pour ainsi dire, la somme d’intelligence que contient la boîte crânienne des individus appartenant aux différents peuples qui habitent la terre?

Vous aurez remarqué la qualité littéraire de la question, à laquelle les Américains ont répondu par avance. Pourquoi, ont-ils dit, sortir des frontières des Etats-Unis? Est-ce que le peuple américain n’est pas composé de presque toutes les races de l’univers? Nous n’avions donc qu’à étudier les représentants des différentes races présentes chez nous.

Ah! On les reconnaît bien à cette manie de tout mesurer à leur aune!

Mais comment réaliser un tel travail d’Hercule? insiste Le Gaulois. Mais de la façon la plus extraordinaire, la plus bizarre. Au cours de la Grande Guerre, 116000 soldats ont été examinés (81000 Blancs nés aux Etats-Unis, 12000 nés à l’étranger et 23000 «nègres», comme ils disent).

Les auteurs de l’étude, analysée et présentée par le professeur Brigham, ont trouvé 18 «races» et établi une échelle de 18 degrés d’intelligence. Parmi ces races, on a recensé des Turcs, alors que les Etats-Unis n’avaient pas enregistré jusqu’alors d’immigration turque. Il s’agissait en fait de Grecs, d’Arméniens, de Syriens et de Levantins catholiques... Quant aux Français, ils brillent par leur absence. Les descendants des colons de la Louisiane ou les Cajuns, par exemple, ont dû être considérés, tout de go, comme totalement assimilés américains blancs.

Le Gaulois trouve la présentation de l’échelle des 18 degrés d’intelligence «curieuse, superlativement curieuse».

La palme du plus futé revient à l’Anglais (of course), suivi de près par un outsider, l’Ecossais. Le Hollandais, l’Allemand et l’Américain blanc viennent ensuite, devant le Danois, le Canadien, le Suédois... Pas d’Irlandais, tiens, tiens, ils ont dû subir le sort des Français...

Quant au trio des derniers, il ne surprendra personne: l’Italien est seizième, le Polonais dix-septième et, bon dernier, le Noir américain ferme la marche! Le Rital, le Polak et le Black, quel beau tiercé de nuls, vous ne trouvez pas?

OOOOO

M. Chrysophidès ne manque pas de relever que les auteurs de l’étude confondent allègrement, dès le début, la nationalité avec la race. Sauf pour les Noirs, ce qui les arrangeait bien, et qui fournira à M. Brigham l’occasion d’une belle tirade sur la décadence promise au peuple américain du fait de l’intégration galopante des Noirs. Il n’est pas précisé si M. Brigham fricotait, après ses cours, avec des membres du KuKluxKlan...

Le rédacteur du Gaulois note aussi que les calculs sont basés sur un échantillon très peu fiable, les nations, dans leur ensemble, ne devant pas être jugées, selon bien des observateurs (y compris des Anglais!), d’après le degré d’intelligence constaté chez les recrues qu’elles fournissent à l’armée américaine. Je veux, mon colon!

Après avoir souligné quelques aberrations supplémentaires, c’est un beau zéro pointé que le sévère M. Chrysophidès colle à ce bon M. Brigham, rien moins quand même que professeur de psychologie à l’Université de Princeton.

Grand merci à lui, rétrospectivement, même s’il néglige de dire à quel rang se classaient ces émigrés turcs, au groupe desquels il aurait pu appartenir, eût-il été Américain... Mais, après tout, étant donné la valeur de l’étude, on s’en fout un peu, n’est-ce pas?

Antoine Mack

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Commentaires
O
Merci à vous, Isabel. Pour les images et pour le lien. C'est très sympa de votre part.<br /> Amicalement.<br /> Antoine Mack.
P
Je vous remercie pour votre gentillesse. Je suis content que vous aimez mon travail. Vous avez une totale liberté avec mes photos.<br /> Salutations<br /> Isabel Pons Tello
O
Beaucoup plus qu'on ne saurait croire, chère belle lurette. Certains qui affirment et d'autres qui nient... imperturbablement.
B
L'histoire ne dit pas à l'aide de quelles batteries de tests ils prétendaient mesurer et classer ladite intelligence ? Ce serait intéressant de le savoir... Cela dit, il doit sûrement exister encore des gens pour croire à ce genre de conneries à un degré ou un autre !
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