Voyez les oiseaux!
Stefan George (1868 – 1933), représentant très influent du néoromantisme allemand au début du XXe siècle, est passé, à tort, dans l’ombre de Trakl, de Rilke et de Hofmannstahl, en Allemagne aussi bien que chez nous.
Ses voyages à travers l’Europe l’ont conduit à Paris, où il rencontra Verlaine, Mallarmé et Rodin. Grand traducteur de Baudelaire, de Shakespeare et de Dante, il rêvait d’une lingua romana, d’une langue romane qui aurait mis la poésie à la portée de tous les Européens.
Refusant, vers la fin de sa vie, de se compromettre avec Hitler, il s’exila en Suisse où il mourut en 1933. Stauffenberg, l’auteur du célèbre attentat contre le führer, qui fut le disciple de George, aurait crié au moment de son exécution "Vive l’Allemagne secrète", titre d’un poème du Nouveau Règne, de Stefan George.
Le poème que vous lirez ici date de la jeunesse de l’auteur (1892). L’Oiseleur n’a sûrement pas besoin d’expliquer son choix... mais peut-être le titre. Vogelschau, le titre original, signifie, dans l’expression in der Vogelschau, à vol d’oiseau, ou plutôt "vu d’oiseau". C’est l’option retenue par le poète anglais Charles Bryant dans sa traduction. Ma compréhension du poème m’a incité à préférer Voyez les oiseaux! Parce que Schau est aussi le show anglo-saxon, l’exposition.
Antoine Mack
Voyez les oiseaux!
J’ai vu voler de blanches hirondelles,
Blanches comme la neige et l’argent.
Les ai vues se bercer dans le vent,
Dans le vent clair et chaud.
J’ai vu sautiller des geais polychromes,
Des perroquets et des colibris.
Les ai vus se glisser sous les arbres magiques
Dans la forêt de Tusféri.
J’ai vu battre le vol d’immenses corbeaux
Noirs, de choucas gris sombre,
Tout près du sol, au-dessus des vipères,
Dans des couverts ensorcelés.
J’ai vu voler encore les hirondelles,
Légion blanche comme la neige et l’argent,
Quand elles se berçaient dans le vent
Limpide et glacial de l’hiver.
Pour découvrir l'auteur:
Stefan George, Poésies complètes, traduites, présentées et annotées par Ludwig Lehnen, Editions de la Différence, 2009.

