Les nuits explosent dans les villes
Les nuits explosent dans les villes,
Nous sommes déchiquetés par la sauvage et chaude lumière
Et nos nerfs s’agitent, fils déments,
Dans le vent qu’arrachent les roues aux pavés.
Dans des cafés, des voix brutales nous ont brûlé
Le front et chauffé les sangs, de nouveau. Déjà
Nous étions en flammes. Et nous voulons en silence nous éteindre
Car nous avons peur encore de notre propre brasier.
Nous flottons, désœuvrés, à travers le temps de nos journées.
Aux coins de rues éclairés nous adressons la parole aux filles.
Nous ressentons encore trop fort les vieilles délices
De l’amour qui s’achète facilement.
Nous nous sommes livrés au jour
Et courons, jouant sans souci, devant le souffle du vent.
Nous sommes très sûrs de nous échapper en planant
Vers l’endroit où l’on a besoin de nous, quand nous serons devenus.
OOOOO
Ernst Wilhelm Lotz, poète expressionniste allemand, est né en février 1890, à Culm sur la Weichsel. Dès l’âge de 17 ans, il s’engage dans l’armée et se retrouve à Strasbourg, où il deviendra rapidement lieutenant. En 1911, il retourne à la vie civile, pour peu de temps, car au début de la Première Guerre Mondiale, il s’engage à nouveau. Celui qui venait de traduire Rimbaud et Verlaine tombe à Bouconville, dans les Ardennes, comme commandant de compagnie, le 26 septembre 1914, à l’âge de 24 ans. Vers l'endroit où l'on a besoin de nous, quand nous serons devenus.
Antoine Mack
