Mort de Phaéton
Pierre Paul Rubens (1577 - 1640) - La chute de Phaéton
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Du haut de l’Olympe, Jupiter a vu le garçon poursuivre sa course folle sur le char du Soleil. Ne disposant ni de nuages, ni de la moindre goutte de pluie pour éteindre les incendies qui ravagent la Terre, il n’a plus le choix. Faisant retentir le tonnerre, il envoie sa foudre sur le jeune aurige maladroit. Tandis qu’il tue le garçon du feu de ce trident fatal, il arrête du même coup le char d’or qui se disloque. Il éteint aussitôt les feux du Soleil.
Ejecté du char, Phaéton roule en avant, la chevelure embrasée. Comme une étoile filante dans la nuit d’été, il trace dans le ciel une longue traînée de lumière. Loin de l’Ethiopie, sa patrie, il tombe dans le fleuve que les Romains ont appelé l’Eridan. Les nymphes de ce fleuve lavent son corps brûlé et sa figure. Elles lui dresseront un tombeau.
Clymène et ses trois filles, que l’on nomme les Héliades (car comme Phaéton, leur frère, elles sont issues de Phébus Apollon) parcourent longtemps le monde avant de trouver cette tombe. Quatre fois la lune accomplit son cycle, montrant ses cornes à deux reprises et s’arrondissant, cependant qu’elles pleurent le fils du Soleil.
Un jour, l’aînée, nommée Phaétuse, en s’approchant de la stèle, sent ses jambes se raidir. Lampétie, la deuxième, se précipite pour lui venir en aide et ses pieds prennent racine à leur tour. La troisième sœur, épouvantée, veut s’arracher les cheveux et ne ramène dans ses mains que des feuilles! Alors que les unes pleurent leurs jambes muées en troncs, l’autre voit ses bras se transformer en rameaux...
Inexorablement, l’écorce enveloppe bientôt leurs ventres, leurs poitrines, leurs cous. Encore ont-elles le temps d’appeler Clymène. La mère accourt et tente d’arracher d’elles cette enveloppe ligneuse. Mais elle les écorche, les fait saigner, les mutile... En volant à leur secours, elle devient leur bourreau! L’écorce finit par étouffer leurs plaintes. Bras levés au ciel, elles sont devenues les trois peupliers que vous avez trouvés dans l’anse que dessine le Pô avant d’arriver à Corbola.
Le cygne qui nage dans l’ombre des ces arbres et qui craint, lui aussi, les feux du soleil, n’est autre qu’un antique roi des Ligures qui, aimant Phaéton, avait renoncé à son trône pour partir à la recherche de l’adolescent, après sa chute. Il s’appelait Cygnus. Il fut le témoin impuissant de la métamorphose des Héliades, avant de se transformer à son tour en oiseau muet qui hante lacs et rivières. A l’ouest de Corbola, il monte la garde pour toujours, près de la sépulture de Phaéton.
Pierre Brébiette (1598-1650) - La mort de Phaéton
Antoine Mack

