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Midas célèbre l'arrivée de Silène par une orgie de dix jours et d'autant de nuits...

Dans le monde chatoyant d’Ovide, peuplé de dieux tout-puissants et maladroits, de demi-dieux moins puissants et parfois un peu bornés, de monstres pathétiques ou grotesques, de héros aimés des hôtes de l’Olympe ou écrasés par le mauvais vouloir des mêmes, d’êtres humains innocents souvent et la plupart du temps victimes, de femmes belles et courageuses au point de se mesurer aux déesses, il fallait bien qu’apparût un jour... l’imbécile heureux. Même s’il était un roi parmi les hommes, force est d'admettre que Midas n’était pas le plus futé des habitants de ces terres méditerranéennes.

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Le Pactole alors ne roulait pas dans son lit l’or qui attise la convoitise des humains... Suivi d’un chœur de bacchantes et de satyres, Bacchus longeait ce fleuve, ravi de visiter ses belles vignes du Tmolus.

Mais le vieux Silène, son père nourricier, manquait à l’appel. Il s’était laissé distancer, chancelant sous le poids de l’âge et du vin. Des bergers phrygiens l’ont retrouvé, l'ont enchaîné de fleurs tressées en guirlandes et mené auprès de Midas, leur souverain.

Ce prince sait depuis longtemps les mystères de Bacchus et reconnaît aussitôt le fidèle ministre du dieu. Il célèbre l’arrivée de l’hôte sacré par une orgie qui dure dix jours et autant de nuits. Lorsque l’aurore vient pour la onzième fois chasser les astres de la nuit, il accompagne Silène chez le jeune dieu qu’a nourri le vieil homme.

Heureux de retrouver Silène, Bacchus accorde un vœu à Midas. Celui-ci, sans beaucoup réfléchir, dit au dieu: "Fais que tout se change en or à mon contact". Bacchus tient parole, tout en regrettant déjà que le souhait de Midas ne soit pas des plus sages.

Le roi se retire, transporté de joie, et se félicite... du malheur qui l’attend. Il veut sur le champ vérifier son aubaine. Il touche à tout. Il arrache une jeune branche d’une yeuse et voilà qu’il tient entre ses doigts un rameau d’or. Il ramasse une pierre et la sent jaunir et devenir lourde dans sa main. Il coupe quelques  épis et le voici avec une gerbe d’or sur les bras. Il attrape une pomme: on dirait un fruit des Hespérides. On lui verse de l’eau sur les mains et de ses doigts coule une pluie d'or liquide qui eût pu tromper la belle Danaé.

Tandis que toutes ses pensées roulent sur l’or, ses esclaves dressent sa table et la chargent de plats appétissants. Le pain qu’il touche, c’est étrange, se durcit sous ses doigts. Les mets qu’il porte à sa bouche se transforment en or sous ses dents. Le vin et l’eau qu’il mêle ruissellent sur son menton, or liquide encore! Il a faim, il a soif... et finit vite par maudire ces trésors malvenus! Ce qui fut naguère l’objet de ses vœux devient cause de sa haine.

Il lève au ciel ses bras qui brillent de l’or qu’il a créé bien malgré lui et s’écrie: "Pardonne-moi, Bacchus, et prive-moi d’un bien qui me rend si misérable!"

Les dieux, parfois, savent se montrer indulgents. Bacchus répond à la supplique de Midas. "Pour que tes mains ne se couvrent plus de cet or, va au fleuve qui coule près de la grande ville de Sardes. Remonte à sa source et plonge ta tête dans ses flots écumants. Lave ainsi, d’un coup, et ton corps et ton crime".

Midas grimpe jusqu’aux sources du Pactole et s’y baigne. Soudain l’onde se met à briller. Le fleuve maintenant roule un sable d’or. Le métal jaune luit partout: à sa surface, sur ses rives et même dans les champs qu’il arrose de ses flots. Midas est lavé de la funeste conséquence d’un vœu irréfléchi.

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Délivré de sa malencontreuse soif de l’or, ennemi désormais des richesses, Midas n’aimera plus dorénavant que les champs et les bois. Mais il a beau se mettre au vert, son esprit reste épais, soupire Ovide qui sait déjà que sa sottise lui vaudra bientôt d’autres mésaventures.

Antoine Mack