orphee_et_eurydice

Celui dont le chant captivait toutes les créatures, Orphée, est mort victime des Ménades de Thrace. Ces furies ont commencé par massacrer tous les animaux que le poète avait envoûtés. Puis elles se sont acharnées sur lui, raconte Ovide.

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Lapidé, déchiré, Orphée expire. Son souffle s’exhale par cette bouche dont le chant était entendu par les rochers eux-mêmes et par les hôtes sauvages des forêts.

Les oiseaux instruits par ses poèmes, les monstres qui vivent dans les déserts, les rochers du Rhodope, les essences des bois qui marchaient avec lui, tous pleurent la fin d’Orphée. Les arbres en deuil perdent toutes leurs feuilles; les fleuves avouent qu’ils grossissent des larmes qu’ils versent; dryades et naïades laissent flotter leurs cheveux épars, emmêlés sous des voiles funèbres.

Les membres déchiquetés d’Orphée sont dispersés. Sa tête roule dans les eaux de l’Hèbre glacé, et sa lyre également. Prodige! Elles murmurent ensemble, sur les eaux agitées, des sanglots plaintifs et lugubres. Attendries, les rives du fleuve répondent à ces tristes accents.

La tête d’Orphée et la lyre, entraînées vers la mer, s’éloignent sur les vagues et sont portées jusqu’à Lesbos. Là, un affreux serpent s’attaque au chef exposé du chantre, dont les cheveux sont encore mouillés par les eaux. Il va déchirer cette bouche harmonieuse qui chantait les louanges des dieux.

Apollon paraît et arrête le reptile prêt à mordre. Pour toujours, il le change en pierre, la gueule grande ouverte.

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L’ombre d’Orphée descend dans l’empire des morts. Il reconnaît ces lieux qu’il a déjà parcourus. Il y retrouve Eurydice et vole dans ses bras. L’amour les réunit enfin.

Tantôt ils vont, se promenant l’un à côté de l’autre. Quelquefois, il la suit. Parfois il marche devant elle, à nouveau. Il se retourne alors pour la regarder... et la voit, sans plus craindre désormais qu’elle lui soit ravie.

Antoine Mack