temps_perduLa découverte toute récente de l’œuvre de l’artiste catalane Isabel Pons Tello m’a donné envie de présenter son blog dans mes liens. Ces rencontres qui surviennent impromptu sur la toile ne manquent pas de charme.

Avec le feu, Isabel Pons Tello travaille de très belle manière le fer rouillé, des pièces mécaniques et des résines, se servant de ces matières pour réveiller, entre autres, des souvenirs mythologiques, des pans de mémoire du passé. La photographie que je reproduis ici, avec l’aimable autorisation d’Isabel, représente une œuvre intitulée A la recherche du temps perdu. Ne manquez pas de visiter le blog de ce nouvel oiseau sympathique qui s’est fait une place dans la cage toujours ouverte de l’oiseleur.

 

Clin d’œil: j’ajoute une autre recherche datant déjà de plus d’un an, et parue dans une édition qui s’appelle toujours, si ma mémoire est bonne, Je me souviens... J’ai tiré sur quelques fils...  pour une légère remise à jour.

 

Ça s’effiloche...


Longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu / Leurs chansons courent encore dans les rues...

Ben, tu vois, mémère, dans notre rue, il n’en court plus beaucoup. A part les miaulements râleurs des chats errants – et le rap du fils des voisins...

Souviens-toi, Barbara...

Là, tu vois, j’ai pas trop d’efforts à faire, puisque sur Brest il pleut tout le temps qu’ils disent à la météo.

Souvenirs... Souvenirs...

Qui c’était déjà, çui-là qui gueulait au buffet de la gare, à Chalons-sur-Marne? Quoi, Chalons-en-Champagne? J’aurais pourtant juré que c’était Chalons-sur-Marne... Et ce type, il chantait dans le movietruc, là... Comment qu’on appelait ça, déjà? C’était comme une télé, mais c’était pas une télé. Fallait mettre des pièces, comme dans ces trucs-box, tu sais, mais on avait des images. Tu te souviens pas, mémère ? M..., Movietone! même les beaux mots de la langue française m’échappent maintenant...

Those foolish things remind me of you...

Qu’est-ce qu’elle disait, la petite Jane Birkin, quand elle susurrait  cette jolie chanson? Elle parlait pas de la fumée de tes cigarettes? Non. Ah bon. J’ai dû me tromper.

J’ai la mémoire qui flanche. Je m’souviens plus très bien... Etaient-ils verts? Etaient-ils gris? Etaient-ils vert-de-gris ?

Mais on s’en fout, mémère! La couleur des yeux des beaux garçons qui te faisaient la cour... Oubliée depuis longtemps! J’te rappelle que tu m’as épousé parce que les miens sont noisette!

Trois petites notes de musique / Ont plié boutique / Au creux du souvenir...

Do, mi, si, les notes? Mais arrête, mémère, j’te dis do, mi, si et tu me joues la, do, ré! J’ai p’têt du creux dans l’souvenir, mais, toi, ta mémoire, on peut l’appeler gruyère... Pleine de trous, qu’elle est!

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle / Les souvenirs et les regrets aussi...

Ah ben cà! A qui le dis-tu? A nos âges, c’est plus la peine de le chanter!

Non, je n’me souviens plus / du nom du bal perdu...

Ben non, ça ne me revient pas non plus. C’était bien, tu dis? Tu crois vraiment? Des fois, on a tendance à embellir le passé, tu sais... C’était bien? Vraiment? Bon, si tu l’dis... A la réflexion, je crois aussi que c’était bien.

 

Oh ! Dis donc, mémère, regarde ce que je viens de retrouver dans le tiroir du bureau. Ça, je m’en souviens! Comme si c’était d’hier... C’est la première phrase du roman que je voulais écrire. Ça devait être un long roman, très beau. Le problème, c’est qu’aujourd’hui je ne sais plus du tout ce que je voulais écrire après cette phrase... J’ai tout oublié, même le goût des macarons, tu vois. C’était pourtant un bon début, mémère. Ecoute.

Pendant une très courte période de ma vie je me suis levé débonnaire.

 

Antoine Mack