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Photo: Getty Images

La photo montre des plaques de céramique accrochées à un vieux grillage. Sur la droite, l’une de ces plaques indique une date: 9/11. Les autres portent les noms de ceux que les New-Yorkais ne veulent pas oublier. A l’arrière-plan, en partie caché, grand bâtiment brun, se dresse le St. Vincent’s Hospital de New-York. A trois kilomètres de là se trouvaient les tours jumelles.

 

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Ce 11 septembre 2001, une grande partie du personnel du dernier hôpital catholique de New-York était descendue sur le trottoir, avec des lits, des brancards, du matériel de soins d’urgence. Tous attendaient les ambulances qui viendraient, en noria ininterrompue, chargées de blessés terriblement atteints.

Mais les événements ne se sont pas passés ainsi. Une centaine de blessés légers furent amenés dès les premières heures. L’après-midi, lorsque tout s’arrêta, ce fut très dur pour les soignants de se résoudre à l’horrible certitude qu’aucune aide ne serait plus utile.

Aujourd’hui, c’est à l’hôpital lui-même que personne ne peut plus venir en aide. Des erreurs de gestion ont conduit à un gouffre de 700 millions de dollars que personne, ni la ville, ni l’état, ni le gouvernement fédéral, ne veut combler. C’est ainsi que va disparaître, de mort lente et annoncée, l’ancre caritative de New-York.

Fondé en 1849, avec une trentaine de lits, dans un bâtiment en briques de la 13e rue, à Greenwich Village, et baptisé en l’honneur de saint Vincent de Paule (Monsieur Vincent) par des religieuses catholiques, l’établissement a accueilli pendant des décennies des milliers de patients insolvables.

Situé près de l’embarcadère 54, devenu aujourd’hui parking provisoire, il a apporté son assistance aux survivants du Titanic, qu’ils soient pauvres ou millionnaires, débarqués là en avril 1912.

Dans les années 80 du XXe siècle, quand les autres hôpitaux de New-York renvoyaient sur les trottoirs les victimes du SIDA qu’ils refusaient de prendre en charge, c’est à St. Vincent’s que ces malheureux savaient pouvoir s’adresser.

 

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Des centaines de membres du personnel ont déjà été licenciés. Ceux qui restent ont vu leurs salaires réduits de 25%. Et maintenant, tout espoir de survie semble être définitivement éteint.

A l’heure où des séries télé célèbrent des équipes d’urgences très people et d’amusants Dr House, le port d’accueil de tous les malheureux de la Grosse Pomme, St. Vincent’s Hospital, se meurt dans un étonnant silence.

Antoine Mack

(Source: einestages, Der Spiegel.de)