myrrha

L'accouchement de Myrrha - Bernard Salomon, Lyon, 1557

Malheureuse Myrrha, c’est l’une des Furies qui a soufflé sur toi les poisons dont étaient gonflés ses affreux serpents. Tu t’épris de Cinyras, roi de Chypre, qui n’était autre que ton père...

Certes tu as lutté longtemps contre cette passion fatale, désespérant un jour et le lendemain prête à tout oser. Tu as senti ton esprit s’égarer. Ne trouvant plus de repos, tu as voulu trouver un remède à ton mal en choisissant la mort.

Déjà tu attaches à une poutre le funeste tissu dans le nœud duquel tu veux passer ton cou, lorsque surgit ta vieille nourrice pour t’empêcher de mourir. Tu te confies à elle et lui avoues le penchant maudit qui te ronge.

Elle tente de te raisonner, mais tu lui affirmes que tu mourras si tu renonces à ton amour. Saura-t-on jamais ce que les dieux mettent dans la tête des vieilles servantes dans ces moments-là? Elle finit par te promettre qu’elle t’aidera à vivre...

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Aux fêtes de Cérès, les femmes se vêtent de longs habits de lin pour offrir à la déesse des moissons les prémisses des fruits et les premiers épis. Neuf jours durant, elles doivent alors s’abstenir de monter dans la couche nuptiale. Ainsi fait Cenchréis, l’épouse de Cinyras.

Tandis que la reine abandonne le lit de son époux, l’industrieuse nourrice de Myrrha raconte au roi qu’une jeune fille étrangère qui ne veut pas être reconnue est amoureuse de lui. Par une nuit noire où d’épais nuages s’étendent devant les étoiles, elle mène Myrrha au chevet de son père étourdi par d’amples libations. La jeune fille hésite encore mais cède bientôt à son désir.

Pendant plusieurs nuits, sans que la fille ne montre ses traits à son père, l’incestueux forfait se poursuit. Cirynas, à la longue, veut voir enfin le visage de son amante inconnue. A la lueur d’un flambeau, il découvre et sa fille et son crime. Il tire l’épée et veut tuer l’infâme. Mais Myrrha s’enfuit. La nuit profonde la protège, elle échappe à la mort.

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Elle parvient à quitter l’île. Elle errera à travers les campagnes d’Arabie et de Panchaïe. Neuf fois, elle verra croître et décroître les cornes de la lune... Elle s’arrête enfin, lasse de fuir toujours, dans les champs de Sabée. Elle est fatiguée de la vie et elle craint la mort. Pour punition de sa faute, elle supplie les dieux de la sauver de l’une et de l’autre en la métamorphosant.

Ses vœux sont exaucés. Ses pieds s’enfoncent dans la terre, des racines en surgissent qui serpentent dans le sol. Ses bras s’étendent en longues branches et ses doigts en rameaux légers. Sa peau devient dure écorce. Myrrha cache sa douleur dans l’arbre, mais elle pleure encore. Ses larmes coulent sur son tronc, précieux parfums.

Cependant l’amour coupable a porté un fruit qui cherche maintenant à se libérer de sa prison végétale. L’arbre à myrrhe se courbe, se met à gémir et des pleurs nouveaux s’échappent de son écorce. Lucine, la déesse préposée aux accouchements, fait preuve de compassion, porte ses mains sur Myrrha et prononce les mots favorables à la libération.

Quand sort le jeune enfant par l’écorce fendue, les Naïades accourent et prennent soin de lui, l’embaumant des larmes odorantes de sa mère. Il ressemble à ces amours que l’artiste peint nus sur sa toile. Si l’on mettait un arc entre ses mains, l’œil abusé s’y méprendrait et le prendrait pour Cupidon.

Il s’appellera Adonis.

Antoine Mack