hercule

Epouse d’Amphitryon, roi de Tirynthe, Alcmène était une femme belle, sage et fidèle. Comment expliquer alors qu’elle se trouva un jour enceinte des œuvres de Jupiter?

Comme à son habitude, le maître des dieux avait eu recours, pour la séduire, à l’une de ces ruses malhonnêtes dont il était coutumier. Profitant d’une absence d’Amphitryon, parti régler un vieux compte avec les Taphiens et les Téléboéens, il apparut dans les appartements d’Alcmène sous les traits de son mari!

Alcmène accueillit dans sa couche ce faux époux qui était allé jusqu’à exiger d’Apollon qu’il ordonnât aux Heures de dételer ses chevaux de feu pendant trois jours entiers, afin que la nuit durât... une éternité.

Lorsque le dieu fut enfin parti, Amphitryon revint et Alcmène accepta de bonne grâce de nouvelles étreintes. Et c’est ainsi qu’elle devint enceinte d’Hercule, fils du dieu, et d’Iphiclès, fils du mortel. Dix lunes, dix signes du Zodiaque passèrent et l’accouchement des frères jumeaux s’annonça.

Mais ce fut une longue affaire... Car Junon, une fois de plus mise au courant et furieuse, décida d’empêcher les naissances...

OOOOO

Alcmène éprouve les premières douleurs et le poids des enfants, d’Hercule surtout, lui est un supplice. A grands cris, elle appelle Lucine, déesse dont la mission est d’assister les parturientes. Lucine répond aux appels de la reine de Tirynthe, mais elle a pris le parti de Junon. Sourde aux gémissements de la femme en couches, elle s’assied sur un petit autel à l’entrée du palais. Elle croise ses jambes l’une sur l’autre et les serre. Elle joint aussi ses doigts, comme les dents d’un peigne, et les serre. Ainsi, elle empêche la délivrance d’Alcmène. Elle prononce en même temps des formules magiques et ses incantations renforcent les entraves.

Alcmène poursuit ses efforts, supplie Jupiter de lui venir en aide, le traite d’ingrat et souhaite la mort. Ses plaintes sont si fortes qu’elles pourraient ébranler des rochers. Les femmes qui l’assistent demeurent impuissantes...

Alors  Galanthis, l’une des servantes de la reine, intervient. Courant sans cesse de droite et de gauche, entrant, sortant pour rendre service, elle a fini par remarquer l’étrangère assise sur l’autel. Elle devine la machination ourdie par Junon et Lucine. Elle s’approche de l’autel et dit à Lucine: «Tu peux maintenant féliciter ma maîtresse. Elle est délivrée enfin, non sans mal. Elle est devenue mère». Surprise, la maîtresse des accouchements sursaute et dénoue ses doigts. Ces nœuds relâchés, Alcmène donne le jour à ses fils.

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L'accouchement d'Alcmène - Gravure de Virgil Solis pour une édition des Métamorphoses (Francfort, 1581). A l'arrière-plan, au centre, Lucine, doigts noués, écoute Galanthis. A droite, la métamorphose de Galanthis.

 
On raconte que Galanthis se mit à rire et se moqua de la déesse. Celle-ci, outragée, la saisit par les cheveux, la traîna par terre, la plaqua au sol et l’y maintint. Les bras de Galanthis se transformèrent en pattes antérieures, son dos se couvrit d’une blonde fourrure. L’empressement de la servante serait resté le même. Mais Ovide ne donne pas le nom de la bête que devint Galanthis. Il dit seulement que, pour avoir aidé sa reine en couches en proférant un mensonge, ce petit animal accouchait par la bouche et qu’il hantait les maisons des Romains. La belette, peut-être?


Antoine Mack