_clipse1999

Août 99. Comme les disciples le jour de la multiplication des pains, nous étions foule recueillie, tournée vers le midi, sur cette grande colline des Vosges du Nord où l'éclipse serait totale. Les voitures avaient été abandonnées plus bas et, dans le calme de la matinée, tout le monde avait marché.

Personne ne riait, personne ne criait. On chuchotait. L'événement à venir nous imposait d'être sérieux.

Le flanc de la colline descendait en longue pente douce dans un vallon verdoyant. Au loin, au-delà de ce vallon, deux chevreuils broutaient. Paisibles. Flèches noires et blanches au-dessus de nos têtes, les hirondelles, en trissant, fusaient dans le ciel encore bleu.

Vers midi, lorsque la lune entreprit de grignoter le soleil, commença un crépuscule étrange, métallique, comme nous n'en avions jamais vu. Très vite, les hirondelles ont quitté l'azur qui devenait froid. Ombres fuyantes, les chevreuils se sont réfugiés à l'abri des fourrés.

A mesure qu'autour de nous s'épaississait la nuit, il s'installa.

Le silence. Le plus beau, le plus émouvant, le plus inquiétant silence que l'on puisse imaginer.

Alors, accourant d'Allemagne, de gros nuages sont venus interrompre la céleste cérémonie. Nous savions bien qu'ils n'étaient pour rien dans la noirceur extrême de la nuit qui nous enveloppait maintenant. Mais à cause du lourd rideau qu'ils tendaient, nous n'avons rien vu de la rencontre tant attendue des deux corps célestes...

Seuls nous resteront en mémoire, profondément gravés, cette nuit méridienne et ce silence. Et aussi les mots d'une toute jeune fille qui marchait devant nous, plus tard, en descendant de la colline. Elle disait: "Le jour où la terre s'arrêtera, ce sera comme aujourd'hui. Les oiseaux se tairont les premiers".

Antoine Mack